samedi 8 juin 2013

Episodes 18,30,33 et 35 ou comment les français ont glissé des contradictions dans leur traduction

ATTENTION !
Les extraits de la version japonaise de cet article ne sont pas tirés de la version originale diffusée en 1982 au Japon. Ils proviennent de la version japonaise de 1998 dont la bande son a été réenregistrée.
En ce qui concernent les extraits de cet article, il n'y a pas de différence notable entre les deux versions. 



Pour que Taiyo no ko Esteban devienne Les Mystérieuses Cités d'Or, les français ont dû traduire tous les scénarii écrits par Mitsuru Kaneko, Mitsuru Majima et Soji Yoshikawa.
Ce faisant, ils se sont éloignés de la version originale : erreurs d'incompréhension, édulcoration, traduction fantaisiste ou pur oubli... Les différences sont nombreuses et de différentes natures. Sur ce blog, je ne traite que des plus importantes.
Quoiqu'il en soit, dans cet article, vous allez découvrir un autre type d'erreurs dans l'adaptation : les contradictions.

Pour voir ce que nous avons perdu dans l'adaptation, je vous propose de voir deux extraits de l'épisode 18. Dans le premier, Esteban et Tao découvre, pour la première fois, le poste de pilotage du Grand Condor. Dans le deuxième extrait, les personnages cherchent à faire fonctionner le Grand Condor.



Dans la version originale japonaise, Tao comprend que ce sont des sièges qui se trouvent dans le Grand Condor. Esteban essaie alors de trouver une raison pour laquelle on devrait prendre place dans l'immense oiseau doré : c'était un chariot pour les fêtes ! J'ai laissé le silence qui suit et la remarque de Tao, car je trouve cette façon de se moquer d'Esteban hilarante.
Dans le deuxième extrait, Tao ne comprend pas les commandes de l'engin qui sont complètement différentes de celles du Ra Mu Go (le Solaris en français). Il n'y a pas de contradiction.

Dans la version française, un dialogue du premier extrait a été changé par les français. Tao y parle déjà des commandes du Grand Condor. Il dit qu'elles ressemblent à celles du Solaris.
Cela pose différents problèmes. Ce n'est pas cohérent avec ce qu'on voit à l'image : les sièges de l'engin. De plus, les commandes ne ressemblent pas à celles du Solaris. Ce dernier utilise une barre de bateau et des manettes en l'air, alors que Grand Condor utilise un levier qui n'a même pas encore été découvert.
Autre problème : on ne comprend plus la logique d'Esteban qui répond en parlant de chariot pour les fêtes. On remarque au passage que la moquerie de Tao a été expédiée, ce qui est bien dommage.
Le dernier problème, c'est que cette "fantaisie" des français entraîne une contradiction avec les propos que Tao tient un peu plus tard dans le même épisode et qui, pour le coup, sont bien traduits : Les commandes du Grand Condor sont totalement différentes de celles du Solaris.

Il est étonnant qu'aucun français, des traducteurs aux doubleurs, ne se soient rendus compte d'une telle contradiction alors qu'elle se produit dans le même épisode...




Pour voir ce que nous avons perdu dans l'adaptation, je vous propose de voir un extrait de l'épisode 30, puis un extrait de l'épisode 35. Dans l'épisode 30, Calmèque dévoile la raison pour laquelle les Olmèques cherchent la cité d'or. Dans l'épisode 35, Menator se moque des espagnols qui pensent qu'ils en veulent à l'or de la cité.



Dans la version originale japonaise, Calmèque nous apprend qu'ils n'en veulent pas à l'or de la cité, mais au Grand Héritage. C'est la première fois que dans toute la série, il est question du Grand Héritage, le réacteur d'énergie solaire cachée dans la cité d'or. Le téléspectateur ne sait pas encore de quoi il s'agit. Il l'apprendra plus tard, dans l'épisode 33, ce que nous allons voir dans le prochain exemple de contradiction...
Quoiqu'il en soit, dans l'épisode 35, Menator rappelle qu'ils n'en veulent pas à l'or. Tout concorde.

Dans la version française du premier extrait, Calmèque dit qu'ils ont besoin de l'or de la cité pour leurs expériences. Le téléspectateur apprendra plus tard que ce n'est pas le cas. Cette erreur montre une fois de plus que les français ignoraient les tenants et les aboutissants du scénario japonais.
Du coup, en traduisant correctement la scène de l'épisode 35, on obtient une contradiction notoire. Elle est assez importante, puisqu'elle concerne l'objectif des ennemis des héros. A noter que les français n'ont même pas essayé d'expliquer leur erreur, sans doute qu'ils l'ont oublié.




Pour voir ce que nous avons perdu dans l'adaptation, je vous propose de voir deux extraits de l'épisode 33. Dans le premier, le père de Zia révèle ce que cache la cité d'or. Dans le deuxième extrait, il répète ces propos et des images nous montrent la catastrophe qui pourrait se produire si les Olmèques s'en emparaient.


Dans la version originale japonaise, les scénaristes ont profité de cette longue scène pour expliquer aux téléspectateurs ce qu'est le Grand Héritage. Dans le premier extrait, il dit qu'il se trouve dans le grand temple d'or de la cité et qu'il pourrait être extrêmement dangereux entre les mains des Olmèques. Dans le deuxième extrait, il précise que les Olmèques ne doivent pas l'utiliser avec le cristal de la Montagne du Bouclier Fumant.
On peut noter que les scénaristes japonais ont fait répété le nom "Grand Héritage" plusieurs fois aux personnages et que le réalisateur Hisayuki Toriumi a illustré sa dangerosité par des images du cristal des Olmèques.
Tout cela montre comment les japonais ont soigné la présentation de ce qui sera l'enjeu principal des derniers épisodes.

Dans la version française, on peut déjà noter que l'expression "Grand Héritage" est remplacé par le mot "trésor". Dans un article précédent, nous avions vu que les français avaient déjà donné un nom supplémentaire à l'objet. Au final, si les japonais lui ont donné 2 noms (fournaise et Grand Héritage), les français lui en ont donné 4 en tout (four, trésor, Grand Héritage et réacteur). De quoi avoir du mal à suivre un scénario déjà assez compliqué !
C'est un problème, mais ce n'est pas la contradiction dont je voulais parler.
Dans le premier extrait, le père de Zia dit que le "trésor" se trouve dans le temple d'or, puis dans le deuxième, qu'il se trouve "dans la tour de cristal du Bouclier Fumant".
En quelques minutes, les français ont donné deux informations contradictoires aux téléspectateurs. 
Mais on peut se demander si ce n'est pas la deuxième, la fausse information, que les téléspectateurs vont garder en tête, car elle est malencontreusement illustrée par des images du cristal des Olmèques.
En ajoutant le fait qu'ils ont renommé une énième fois le "Grand Héritage", on peut dire qu'ils ont raté la présentation de l'enjeu principal des derniers épisodes.




Le scénario écrit par Mitsuru Kaneko, Mitsuru Majima et Soji Yoshikawa n'est pas des plus simples. Mais les informations y sont présentés soigneusement. Nous ne pouvons que regretter que les français n'aient pas apporté la même attention à l'adaptation française. Car il est vraiment dur de ne pas se perdre dans les Mystérieuses Cités d'Or de Jean Chalopin et Bernard Deyriès.

3 commentaires:

  1. Dans une interview pour le magazine Animeland, Jean-Chalopin qui ne se revendiquait alors pas comme le père des Mystérieuses Cités D'Or (nous étions alors en 1994...)avait simplement dit à propos de cet anime, qu'il était intervenu non pas dans l'écriture de la série ( puisque les japonais l'avait déjà écrite quand les auteurs français sont intervenus dans le projet)mais dans la TRADUCTION. Il me semble même qu'il ait dit cela " qu'il a tenté de donner plus de force au scénario..."
    Grâce à ton travail Bend, il s'avère que l'adapatation française est fantaisiste, et parfois en désaccord total avec l'intrigue de la série originale.
    Nous perdons beaucoup ! et même en humour ! (voir la séquence avec Tao dans l'épisode 18. Ca réplique à Esteban, jusqu'à son intonnation de la voix ! c'est vraiment drôle !

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  2. Je me demande combien de traducteurs ont été engagés pour l'adaptation français et si ceux-ci étaient en contact étroit avec les scénaristes japonais. C'est à croire que les traducteurs traduisaient au fur et à mesure des épisodes sans connaitre la fin et comprendre les élements-clé du scénario.
    Et dire que 30 ans plus tard, les traducteurs amateurs peuvent traduire des épisodes d'animés japonais aussi, sinon plus rapidement, avec plus de facilité et à coût minime.
    Je vendrais mon âme pour un fansub de Taiyo no ko Esteban!!!!

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  3. Tikal,
    J'ai le Animeland dont tu parles, mais il faut que je le retrouve.
    Merci, je suis content de partager avec d'autres des passages de la version originale japonaise.

    Anonyme,
    Le problème est que les français ont voulu aller plus loin qu'une simple traduction, alors que la série est déjà assez dure à traduire et que changer un élément peut poser beaucoup de problèmes.

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