dimanche 10 février 2013

Les bruitages ou comment les français ont cassé le suspense

ATTENTION !
Les extraits de la version japonaise de cet article ne sont pas tirés de la version originale diffusée en 1982 au Japon. Ils proviennent de la version japonaise de 1998 dont la bande son a été réenregistrée.

En ce qui concerne un des extraits de cet article, il y a une très grande différence entre les deux versions, ce que j'ignorais au moment où j'ai écrit cet article. Elle est relevée dans l'article.

 

Voici l'article qui fait suite à celui de la semaine dernière sur les bruitages.
Cette fois, nous allons parler de suspense...

Pour savoir ce que nous avons perdu dans l'adaptation, je vous propose un petit montage avec des extraits de la série (un petit drapeau indique si c'est la version japonaise ou française).


Les bruitages ou comment les français cassent... par estebantaoziablogpspotfr

Le premier extrait est tiré de l'épisode 1.
Dans une scène précédente de l'épisode 1, Mendoza a proposé à Esteban de s'embarquer avec lui pour le Nouveau Monde. Le navigateur lui a donné rendez-vous sur le port.
Mais Esteban n'a pas donné de réponse à sa proposition. Mendoza ne sait pas quelle décision l'enfant va prendre. Il attends impatiemment Esteban. C'est une scène de suspense.

Encore une fois, la version japonaise comporte des bruitages en plus par rapport à la version française. Mais cette fois, il ne s'agit pas de sons violents, mais des bruits de pas d'Esteban. 
Les japonais les utilisent pour créer du suspense. Analysons la scène dans sa version japonaise :


Le plan 1 montre Mendoza attendre, regardant la mer. Quand les bruits de pas se font entendre, il a une petite réaction.
Le plan 2 indique au spectateur que le son provient de la ville. Esteban n'est pas encore à l'image. On ne sait pas encore si c'est lui.
Dans le plan 3, Mendoza se retourne pour vérifier.
Après le son, c'est une silhouette qui apparaît au loin dans le plan 4. Ensuite, des pieds en gros plan (plan 5). Ce n'est qu'après quelques secondes de suspense, que le visage d'Esteban apparaît finalement dans le dernier plan.

Le réalisateur japonais de la série, Hisayuki Toriumi, joue avec l'attente des spectateurs. Il amorce le suspense avec les bruits de pas. Puis petit à petit, il donne des informations aux spectateurs pour faire monter le suspense en crescendo... crescendo qui se termine comme Mendoza le souhaitait, ce qui est souligné par la musique triomphale.



En enlevant les bruits de pas, les français ont d'abord enlevé un élément de compréhension pour le spectateur. On ne comprends pas pourquoi Mendoza se retourne. D'ailleurs, les français ont changé le montage* pour que Mendoza se retourne 2 fois, ce qui est encore plus incompréhensible.

Ensuite, ils ont cassé la belle mécanique de suspense mise en place par les japonais. En enlevant les bruits de pas, les français ont enlevé l'amorce du crescendo. Le plan sur les pieds est moins justifié aussi. Et la scène n'a plus le même impact, même s'ils ont reproduit le côté triomphale de la musique.

Au final, ces modifications ont rendu peu claires les intentions du réalisateur japonais.
Le pire dans cet exemple, c'est que les français n'avaient aucune raison logique de retirer ces bruits de pas inoffensifs.
Si vous avez une hypothèse, n'hésitez pas à me laisser un commentaire.

Le deuxième extrait est tiré de l'épisode 6.

Tao a libéré un iguane géant pour attaquer les héros. La bête sort d'une salle obscure et effraie les personnages.
ATTENTION !
Cet extrait tiré de la version de 1998 comporte une différence de taille avec la version originale de 1982. Les bruits de l'iguane ont été ajoutées, ce que j'ignorais au moment d'écrire cet article. J'ai donc décidé de rayer l'analyse erronée qui suit.
Dans la version japonaise, l'iguane géant fait du bruit en marchant et en rugissant. Ces bruitages ont été retirés de la version française.



Nous avons vu dans l'article précédent que les bruitages aidaient à rendre réel, et dans celui-ci, qu'il pouvait créer du suspense. Dans cet extrait, nous allons voir comment les japonais ont combiné ces deux techniques. Analysons la version japonaise :

D'abord, le plan 1 crée un suspense en ne montrant pas l'iguane. On entends juste les sons de la bête qui se rapproche. Le spectateur  ne peut qu'imaginer la nature de l'animal dans la pénombre.

 Les bruitages lui donnent deux informations. Les bruits de pas sont forts, donc la bête doit être lourde. Elle émet aussi des rugissements, le spectateur peut imaginer un animal sauvage et dangereux.
En gros, elle doit être effrayante.
Le plan 2 avec Pedro et Sancho apeurés vient renforcer cette émotion.
Finalement, le suspense se termine avec le plan 3 : la bête sort de l'ombre et un iguane géant apparaît.



En retirant les bruitages, les français ont cassé le suspense, la bête semble également moins réelle et moins effrayante. Le plan de la porte n'a plus vraiment de sens et il devient juste ennuyeux.
On peut penser que les français ont encore une fois censuré le son pour ne pas effrayer les enfants. 

Pour conclure, il semble que les français aient enlevés des sons sans se soucier des conséquences que cela aurait sur le travail des réalisateurs japonais. Ainsi, les intentions de mise en scène, comme le suspense, ont été perdues dans l'adaptation...

*
Les français ont changé le montage des 6 premiers épisodes de la série. Comme pour la musique, j'y consacrerais un article.

5 commentaires:

  1. Excellente analyse...
    Comme la série en version japonaise est désormais disponible en streaming via le site de Pandora.TV je la découvre, et à chaque nouvelle séquence je suis surpris par tous ces bruitages "censurés" pour la version française.
    Les exemples donnés sont percutants, d'autres sont encore plus marquants surtout dans les épisodes avec les Olmèques où les bruitages de leurs machines et de leur complexe industriel sont vraiment intéressants !
    A ce sujet, j'ai regardé l'épisode 30 en VO et la séquence où nos héros sont enfermés par les infirmiers est à couper le souffle... La version japonaise est très angoissante pour le téléspectateur en comparaison avec la version française, c'est indéniable !

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  2. On peut remarquer que le bruit de l'eau est tout de même présent dans la version française, lorsque Mendoza attend. Ce qui montre qu'il y avait au moins deux pistes de bruitages, une avec l'eau, et une seconde avec les bruits de pas... à moins qu'un autre extrait de bruitage aquatique, sans bruits de pas, n'ait été isolé et rejoué en boucle.
    Si la première hypothèse est la bonne, il se pourrait tout simplement que les bruitages aient été enregistrés pendant les doublages, directement sur la piste des dialogues, d'où leur disparition de la VF.
    Dans cette hypothèse, les bruitages n'auraient pas été retirés, mais plutôt n'auraient pas été recréés.

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Tu soulèves un problème intéressant.
    Cependant, ne pas les recréer revient à les retirer, non ? :-)

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  5. Perso, je préfère la version française, et de loin... Les musiques sont bien mieux choisies.

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